Textes

Théophile Barbu, 2005

Aurélie Brame met en scène le théâtre charnel des nourritures terrestres. Farce ou drame, tout se joue sur la toile, espace à la fois public et propice aux représentations intimes. Dans les premières œuvres, le spectateur était invité à des garden-parties et des repas pantagruéliques. Convives, quartiers de viande et feuilles de salade s’entremêlaient dans le vertige des festivités. Bientôt le regard n’échappait plus à la crainte d’être partie prenante d’un rite cannibale. Les peintures des années 2002-2004 renouent avec la tradition des « Vanités ». Saturé de rouges et de bruns, le tableau est plus rempli qu’un garde-manger. L’heure est aux nourritures relevées, car l’artiste joue également des noirs, et les chairs prennent des tons faisandés. Au spectateur d’évoluer en philosophe dans cet univers où l’abondance, la volupté ne peuvent être plus près du rebut inévitable. Une nouvelle énigme surgit dans les toiles les plus récentes. Les métamorphoses organiques constituent toujours le thème central, mais servi cette fois par des compositions lumineuses, épurées, toutes en joies colorées. Fiction ! précise non sans malice l’artiste dans les titres de ses œuvres. Tant il est vrai que les fruits de la nature offrent rarement, en peinture, cet optimisme convaincant. On sait combien, dans les Arts Plastiques, la Beauté, désacralisée, n’est plus acceptée qu’explosive, pour ne pas dire suicidaire. Elle survit néanmoins dans l’imaginaire des peintres. Opérée d’urgence chez Aurélie Brame, un peu charcutée, elle se réincarne dans des compositions toutes mentales. Comment décrire en effet ces peintures à l’échelle incertaine ? S’imaginant entrer dans un paysage, le spectateur se retrouve au milieu d’une nature morte, entre dais, vasques et cornes. Décor somptueux mais d’un classicisme vite contrarié car une volaille présentée sur un plat s’ingénue à mimer l’étreinte d’un accouplement. L’œil ne cesse de chercher des repères dans ces fictions de plus en plus indicibles. Quête où il met beaucoup de lui-même et qui le transforme en narrateur.